AVC, infarctus, hypertension… Quand le cœur des femmes lâche

« Si nous avions connu les signes avant-coureurs, aurions-nous pu lui sauver la vie ? Sabrina se pose encore cette question aujourd’hui. Il y a 12 ans, lors d’une réunion de famille, Sylvie, sa sœur de 36 ans, s’est plainte de douleurs au ventre. Aux urgences, où elle attendra 4 à 5 heures, il lui demande simplement si elle “a pris soin d’elle au travail, si elle est stressée”. Quelques minutes plus tard, elle a eu une crise cardiaque. Après plusieurs tentatives de redémarrage de son cœur, la jeune femme est plongée dans un coma artificiel dont elle ne se réveillera jamais. Après ce choc, Sabrina souffre de “tako tsubo”, une insuffisance cardiaque aiguë, dite “maladie cardiaque brisée”, à laquelle elle survit. “Je trouvais qu’il portait bien son nom à l’époque”, a-t-elle glissé, toujours émue.

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« La réaction de mon mari et la mort de ma sœur m’ont sauvé la vie.

En sortie d’hôpital, Sabrina n’est pas suivie médicalement et rentre chez elle à Hazebrouck dans le nord. La mère de deux jeunes filles continue de travailler dans une boutique de cadeaux en Belgique. Mais la réalité la rattrapera quelques années plus tard. En 2021, elle est réveillée par des douleurs intestinales dans son sommeil.

Son mari Jean-François appelle Sam et presse le personnel médical en lui rappelant les causes de la mort de sa sœur. Sabrina subit une première crise cardiaque, suivie d’une deuxième arrivée à l’hôpital, qui est prise en charge à temps. “La réaction de mon mari et la mort de ma sœur m’ont sauvé la vie”, dit-elle aujourd’hui.

Dans sa tête, comme dans celle de beaucoup de gens, “un gros quinquagénaire qui mange des frites fait une crise cardiaque”, caricature-t-elle exprès. Préjugé indiquant un manque de sensibilisation et de prévention des maladies cardiovasculaires chez les femmes, même jeunes.

Changement d’équilibre de vie par rapport aux hommes

“Les Etats-Unis ont été les premiers à s’intéresser à cette question dans les années 1990. En Europe, les premières études épidémiologiques montrant une augmentation des maladies cardiovasculaires chez les femmes remontent à 2000”, détaille Nabila Bouatia-Naji, chercheuse à l’Inserm spécialisée. dans la génétique des maladies cardiovasculaires, en particulier chez les femmes.

Ce phénomène s’explique par un changement dans l’équilibre de leur mode de vie par rapport au mode de vie des hommes, décrit l’expert. “Les études menées dans les années 1950 et 1960 portaient sur le ‘monsieur à grande responsabilité qui compensait par le tabac'”, explique Nabila Bouatia-Naji. Cependant, depuis 2000, nous avons vu que les femmes ont pris plus de responsabilités au niveau professionnel en plus de leur vie personnelle, y compris un stress accru, et sont devenues des fumeuses actives. Cela a aidé à équilibrer les facteurs de risque. »

Avertir, prévoir, agir

Claire Mounier-Vehier et Thierry Drilhon, soucieux de redresser ces inégalités entre les femmes et les hommes face aux maladies cardiovasculaires, ont créé la fondation “Agir pour le Cœur des Femmes”, qui a pour but de “sensibiliser, prévoir, agir et informer les femmes” . A travers son site internet et ses réseaux sociaux, la fondation a acquis un statut de référence sur ce sujet.

Le fonctionnement du « heart bus » a également contribué à la formation des agents de santé et à la mise en place de parcours de soins pour les femmes. L’année dernière, 1 100 femmes dans 13 villes ont été soutenues par cette facilité. « 90 % des femmes que nous avons traitées avaient plus de trois facteurs de risque cardiovasculaire classiques : tabac, cholestérol, obésité », note Claire qui insiste sur le fait qu’ « en France on est dans une médecine curative, pas préventive. Il faut apprendre aux femmes à s’approprier ce sujet, sinon on aura toujours cette surmortalité”, explique la spécialiste.

Lors de sa rencontre avec Sabrina, son “véritable amour”, dit-elle, Claire a décidé de lui demander de devenir ambassadrice de l’opération, ce qui “a donné un sens à la mort de ma sœur et à ce qui m’est arrivé”, ajoute Sabrina. Car les maladies cardiovasculaires tuent chaque jour 200 femmes en France et 25 000 dans le monde, selon les données 2019 de Santé publique France, et présentent “six fois plus de risques de tuer une femme que le cancer du sein”, ajoute-t-elle. « Dans ma tête, une femme qui meurt jeune succombera à un cancer du sein, pas à une maladie cardiovasculaire », note Sabrina. Je n’ai pas la prétention de comparer les maladies, mais je demande juste : “où est la prévention ?” “”

“Nous sommes considérés comme des hystériques”

Les deux experts s’accordent à dire qu’il existe encore aujourd’hui “une ignorance de la part des femmes elles-mêmes” due à une mauvaise prise en compte de leurs spécificités physiologiques. “Le diagnostic d’infarctus est beaucoup retardé car les femmes ont des symptômes atypiques : nausées, vomissements quelques heures avant un infarctus, alors que cela arrive moins chez les hommes. Ce sont des signaux déroutants qui vous font penser à autre chose. Surtout, quand il s’agit d’une femme, la première chose qu’on dit, c’est qu’elle est anxieuse”, explique Nabila Bouatia-Naji.

“Avec les mêmes symptômes, la même carrure, le même âge, un homme passera un électrocardiogramme dans moins d’un quart d’heure, on attendra et on attrapera les hystériques. On donne la vie sans péridurale, mais serions-nous des poules mouillées à la moindre douleur ? Sabrina se rebelle. Quant à sa sœur, lorsque Sabrina a eu sa deuxième crise cardiaque, on lui a demandé si “elle était stressée, surmenée…”. Les questions ont surpris la jeune femme au point de lui faire croire qu’elle était “juste en train de faire une crise d’angoisse”, mais elle raconte aux soignants “qu’elle est stressée, comme toute femme qui travaille à l’heure, doit gérer la famille”. pour prouver qu’elle est bonne dans son travail.

Cette inégalité de traitement entre les femmes et les hommes s’explique aussi par la représentation insuffisante des femmes dans la recherche scientifique. Lorsque Nabila Bouatia-Naji a commencé à travailler sur le Scad, un type de maladie cardiovasculaire, elle a découvert qu’il touchait 80 % des femmes. « Mes collègues n’ont jamais mentionné cette particularité. Il y avait d’autres particularités, mais le fait que ça concerne surtout les femmes m’a tout de suite frappé, ce n’est pas le cas”, se souvient-il. Un exemple qui illustre la nécessité d’inciter les jeunes filles à s’approprier ces matières pour une meilleure représentation et prise en compte des spécificités des femmes dans la recherche.

Suivez les femmes à trois moments clés de leur vie

Concrètement, la spécialiste explique qu’outre les facteurs de risque dits classiques comme l’obésité, le tabac ou le stress, il faut souligner que le risque hormonal propre aux femmes est lié à trois moments clés de leur vie. Lors de l’utilisation du premier contraceptif, “on évalue pour savoir si la femme n’a pas de risque d’utiliser des œstrogènes de synthèse et on fait un état des lieux pour voir s’il y a des contre-indications”, explique Claire Mounier-Véhier. Lors de la première grossesse, il faut surveiller les signaux, surtout si la femme est “obèse, stressée, fumeuse”. Enfin, après la ménopause, « la chute des hormones peut créer un nouvel équilibre qui peut être pénalisant pour le système cardiovasculaire.

En général, à partir de 40 ans, les risques commencent à être importants pour les hommes et les femmes », souligne Nabila Bouatia-Naji. En plus de ce suivi, et s’il reste un cliché, les experts soulignent qu’une bonne hygiène de vie est bien sûr nécessaire pour éviter au maximum un AVC, “dans 8 cas sur 10 on peut éviter d’entrer dans la maladie avec un dépistage”, insiste Claire Mounier Vehier.

Près d’un an après son dernier accident, Sabrina, qui a perdu 43% de ses capacités cardiaques, est “surveillée comme du lait en feu”. En plus de s’investir dans “Acting for Women’s Hearts”, elle a décidé de se faire une “meilleure amie”, autrement dit de prendre du temps pour elle, notamment à travers la méditation de pleine conscience. « C’est difficile à dire pour une mère, mais il faut avoir le côté égoïste pour pouvoir dire non. Il faut se sentir bien avant de pouvoir s’occuper des autres », explique-t-elle. Surtout, Claire Mounier Véhier insiste : “Avant tout, il faut s’écouter, on connaît très bien nos corps. Il est extrêmement rare qu’une crise cardiaque survienne de nulle part. »

Pour plus d’informations, vous pouvez consulter le site “Agir pour le Cœur des Femmes”.

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