C’est pourquoi les suppléments de vitamines sont un gaspillage d’argent pour la grande majorité de ceux qui les prennent

Selon une nouvelle étude, l’utilisation aveugle de vitamines ou de compléments alimentaires est au mieux inutile, au pire dangereuse.

Selon une nouvelle étude, l'utilisation aveugle de vitamines ou de compléments alimentaires est au mieux inutile, au pire dangereuse.

©JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN / AFP

Compléments alimentaires

Selon le US Preventive Services Task Force (USPSTF), il n’y a “aucune preuve” que la prise de compléments alimentaires et de vitamines puisse aider à prévenir les maladies cardiovasculaires et le cancer chez les adultes en bonne santé.

Atlantico : En 2021, les Américains dépenseront près de 50 milliards de dollars en vitamines et compléments alimentaires, attirés par leurs prétendus bienfaits pour la santé. Pourtant, sur la base d’un examen systématique de 84 études, de nouvelles directives du groupe de travail sur les services préventifs des États-Unis indiquent qu’il n’y a “aucune preuve” que la prise de tels suppléments puisse aider à prévenir les maladies cardiovasculaires et le cancer chez les adultes en bonne santé. Que vous rappelle cette étude ?

Christophe de Jäger : Cette étude n’est ni la première ni la dernière sur ce sujet, et je m’identifie complètement à cette réalité. La consommation aveugle de vitamines ou de compléments alimentaires est au mieux inutile, au pire dangereuse. De plus, on a vu que les personnes qui prenaient des vitamines E ou A étaient plus susceptibles de développer certaines maladies, comme le cancer.

Prenons l’exemple du sélénium impliqué dans la lutte contre les radicaux libres. Ce sont des petites molécules très réactives impliquées dans le stress oxydatif, qui est l’un des mécanismes puissants du vieillissement. On sait que cette capacité à lutter contre les radicaux libres est liée à un enchaînement complexe de molécules (vitamines, enzymes). La première molécule régénère le radical libre, qui le transmet ensuite à la vitamine, puis à la molécule suivante… Il existe donc une chaîne cohérente qui peut être bloquée par carence ou excès. Cependant, lorsque vous prenez des vitamines ou des multivitamines, vous ne pouvez pas nécessairement corriger les carences. Si vous avez un excès de sélénium et que vous en prenez plus, vous bloquerez votre système biologique qui est très fragile. C’est pour cette raison que la consommation aveugle d’un certain nombre de vitamines peut être nocive.

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Les systèmes de lutte contre les radicaux libres peuvent en effet inclure des maladies cardiovasculaires, mais aussi des pathologies cancéreuses… Contrairement aux premières impressions partagées par de nombreuses personnes, prendre des vitamines ne peut pas que faire du bien.

Alors que l’utilisation de compléments alimentaires fait l’objet de nombreux débats, voyez-vous des limites à cette étude ?

Là où cette étude est incomplète, c’est que lorsque les oligo-éléments et les vitamines sont pris dans de bonnes conditions et sous contrôle, les résultats peuvent être stupéfiants. Tout comme une voiture, le corps humain a besoin d’un entretien régulier. Si le véhicule a suffisamment d’huile moteur, il n’est pas nécessaire d’en rajouter.

Cependant, cette étude est également incomplète à d’autres égards. Il convient d’insister sur le fait que si la prise d’une substance comme les vitamines C ou D n’est pas bénéfique pour les personnes qui n’en sont pas carencées, elle nécessite en réalité un véritable suivi médical pour celles qui en sont déficientes. L’utilisation de vitamines ou d’autres substances doit répondre à des critères médicaux de diagnostic et de suivi et non simplement répondre aux conseils d’amis, même bienveillants.

Prenons l’exemple de la vitamine D. Ce n’est plus une vitamine mais une hormone stéroïde. Cette erreur sémantique est grotesque. Mais cela a du sens dans un pays qui n’aime pas les hormones et préfère appeler une hormone une vitamine pour que les gens l’acceptent plus facilement et la prennent en cas de besoin… De plus, cette hormone, ou vitamine, ne fait pas que jouer sur les os, comme on le croit souvent. Elle est impliquée dans certaines maladies cancéreuses, dans le métabolisme musculaire, au niveau immunitaire, au niveau du cerveau… A part la dose dans le sang, personne ne s’aperçoit vraiment de son besoin. Mais il faut savoir qu’une dose trop élevée entraîne des complications neurologiques graves, voire une perte de connaissance, une insuffisance rénale qui nécessite une réanimation. Pour les personnes qui ont vraiment besoin de vitamine D, un examen médical est donc absolument nécessaire et doit avoir lieu tous les deux mois. Pourtant, la population française est à 95% carencée en vitamine D !

Bref, dans nos pays occidentaux la maladie est très bien codifiée et les experts très compétents. Pourtant, le domaine de la santé est laissé aux magazines, amis, vendeurs de vitamines… Le marché vaut des centaines de milliards sans aucun contrôle et personne n’est conscient des risques sanitaires qu’il comporte.

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