“Face à la chaleur, on ne peut pas limiter la température au travail de manière uniforme à travers l’Europe”

16 h 59, le 27 juillet 2022

La Confédération européenne des syndicats (CES) a appelé lundi la Commission européenne à adopter une loi limitant la température au travail après qu’une vague de chaleur a balayé l’Europe et tué trois travailleurs espagnols. Claudia Narocki, chercheuse espagnole à l’Institut syndical européen, a récemment publié un rapport sur ce sujet, “Vagues de chaleur, risque professionnel”, où elle analyse les risques du travail en période de canicule et présente les mesures préventives à prendre. Si ses travaux ont pu inspirer une demande au CES, le sociologue JDD a cependant sollicité des doutes sur l’efficacité d’une mesure unifiée.

Quel effet une vague de chaleur a-t-elle sur le corps humain ?
Les effets de la chaleur sur le corps humain sont nombreux. Parmi ceux qui sont de courte durée, on trouve les boutons de chaleur, l’enflure [gonflement des tissus mous dû à une augmentation du liquide interstitiel, NDLR], vertiges, fatigue, crampes ou encore coup de chaleur. Il y a aussi moins d’effets directs. Par exemple, lors d’une canicule, le nombre d’accidents du travail est susceptible d’augmenter, les équipements de protection individuelle (EPI) sont moins efficaces. En plus de l’impact immédiat, la chaleur augmente également le risque de développer toute une gamme de maladies cardiovasculaires, respiratoires et autres.

Lire aussi – Vers une loi sur les températures maximales de travail en Europe ?

La chaleur a-t-elle le même effet selon le lieu de travail ? Quels sont les métiers les plus menacés ?
Les professions les plus exposées sont les professions physiquement exigeantes qui doivent parfois utiliser des EPI. On pense directement aux salariés de l’industrie, mais les serveurs des restaurants ou des brasseries, par exemple, sont aussi fortement touchés. Il passe sa journée à courir entre les tables et à servir les gens à l’extérieur où il n’y a pas de climatisation. Les exigences physiques sont énormes ! Lors des vagues de chaleur, la température dans les villes est plus élevée qu’à la campagne : c’est ce qu’on appelle l’effet d’îlot de chaleur urbain. Si vous travaillez dans l’environnement des voitures, de l’asphalte, de grands bâtiments ou dans des zones de construction, vous êtes exposé à une température 20% plus élevée qu’en zone rurale. Lorsque vous parlez de chaleur, vous ne pouvez pas simplement parler de température. Il y a un certain nombre d’autres facteurs à considérer.

Arrêter le travail quand il fait chaud à un certain moment ne sera plus une solution abordable

Quelles sont les choses qui devraient être obligatoires sur les lieux de travail pour réduire les risques pour la santé ?
Dans tous les pays européens, les entreprises ont des obligations envers leurs salariés : elles doivent assurer leur santé et leur sécurité. De mon point de vue, pour que cela s’applique même en saison chaude, il faudrait introduire des formations spécialisées obligatoires pour ces saisons. Quand il fait si chaud, les affaires ne peuvent pas continuer comme d’habitude. Il est nécessaire de limiter l’exposition des travailleurs au stress thermique et de les protéger du stress thermique [le stress thermique est l’effet de l’environnement sur la personne, tandis que la contrainte thermique est la réaction du corps à ce stress environnemental, NDLR]. Lorsque vous travaillez dans des conditions de forte charge thermique, il est nécessaire de faire des pauses pour que la chaleur interne du corps revienne à une valeur normale [qui est entre 37°C et 37,5°C]. Pour reprendre l’exemple des serveurs, pendant les journées chaudes, leur charge de travail devrait être réduite, c’est-à-dire employer plus de personnes. Nous sommes dans la réalité du changement climatique : arrêter le travail quand il fait chaud à un certain moment ne sera plus une solution disponible – ni pour les salariés ni pour les employeurs.

Alors la réglementation européenne sur la température maximale de travail n’est-elle pas la bonne solution à long terme ?
Une loi de température maximale doit être introduite avec de nombreuses autres mesures : elle a elle-même de nombreuses limites. Face à la chaleur, nous ne pouvons pas limiter uniformément la température de travail à travers l’Europe. Si la température maximale à Madrid est limitée à 28 degrés, les activités professionnelles devront s’arrêter pour tout l’été ! Le climat ici est très sec et très différent de celui de Valence, par exemple, à l’est de l’Espagne. Encore une fois, il y a d’autres facteurs à considérer lorsqu’on parle de chaleur : le plus important est l’humidité. Plus il fait humide, plus il est difficile de vaincre la chaleur. En Espagne, nous travaillons sur une carte du plan national canicule, qui indique les seuils de température à respecter par région. Comme l’humidité varie selon les régions, la sensation de température varie également. Si même en Espagne il devait y avoir de nombreux seuils différents, imaginez ce que ce serait si nous parlions de l’Europe ! Par conséquent, fixer une température maximale pour tous les pays européens n’a pas beaucoup de sens.

Voici un tableau pour vous aider à comprendre la relation entre l’humidité et la chaleur :

Le tableau présente l’indice de chaleur en fonction de la température de l’air ambiant (vertical) et de l’humidité (horizontale). Trouvez la température de l’air en haut du graphique, puis recherchez l’humidité relative sur le côté gauche du graphique pour trouver la température apparente (indice de chaleur), qui représente la sensation de chaleur dans le corps.

(Administrations océaniques et atmosphériques nationales (NOAA))

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