Face à l’obésité, agir sur tous les fronts

38% des hommes de plus de 15 ans sont en surpoids.

22% des femmes de plus de 15 ans sont en surpoids.

30 à 40% des personnes obèses ont des maladies associées.

200 à 300 des gènes sont impliqués dans l’obésité.

L’obésité, classée épidémie mondiale par l’Organisation mondiale de la santé, n’épargne pas la Suisse puisque 12% des hommes et 10% des femmes sont touchés. Longtemps considérée comme un problème esthétique, l’obésité est désormais considérée comme une “maladie chronique, évolutive et récurrente avec des complications importantes”, précise le Pr Zoltan Pataky, chef du service d’éducation thérapeutique du patient des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), co- Directeur. du nouveau Centre d’obésité et de chirurgie bariatrique des HUG et vice-président de l’Association suisse pour l’étude du métabolisme et de l’obésité.

La pandémie de Covid-19 n’a pas amélioré la situation. Au cours des deux dernières années, les Suisses et les Suissesses ont pris en moyenne quatre à cinq kilos supplémentaires sur la balance, ce qui correspond à un point sur l’indice de masse corporelle (IMC)1. “Cependant, les recherches montrent qu’une prise de poids même modérée peut déjà entraîner la survenue de complications métaboliques telles que le prédiabète ou le diabète, l’hypertension artérielle ou l’excès de cholestérol dans le sang”, note le spécialiste.

Après avoir pris du poids, de nombreuses personnes ont le réflexe de vouloir perdre du poids (rapidement). Pourtant, il est scientifiquement prouvé que les régimes, quels qu’ils soient, sont contre-productifs, confirme Aude Daccord, diététicienne du Service d’éducation thérapeutique du patient des HUG : « Ils peuvent certes faire maigrir, mais en très peu de temps. Les gens gagnent souvent plus qu’ils n’ont perdu, avec un effet yo-yo. » Les régimes peuvent être diaboliques à plus d’un titre, modifiant la composition corporelle, causant des dommages métaboliques et souvent des troubles de l’alimentation.

Se battre sur tous les fronts

Ursula, 68 ans : “Ma vie a changé à 360 degrés”

“J’ai suivi toutes sortes de régimes. Il y a six ans, j’ai suivi un programme aux HUG, au cours duquel j’ai appris les bases d’une alimentation équilibrée. Cela m’a beaucoup aidé, mais j’avais toujours des envies de manger, je mangeais trop pendant les repas, et donc j’avais pris du poids. Je suis sorti avec un estomac lourd et beaucoup de culpabilité. J’ai toujours fait beaucoup d’exercice, mais j’avais tendance à trop manger sans pouvoir m’arrêter. Depuis que le Pr Zoltan Pataky m’a prescrit des médicaments pour me sentir rassasié, ma vie a changé à 360 degrés. Je suis quelqu’un qui aime avoir le contrôle… la seule chose que je ne pouvais pas contrôler était la nourriture. Pour la première fois de ma vie, je peux maintenant m’arrêter quand je n’ai plus faim. La nourriture était une obsession, je pensais toujours à ce que j’allais manger. Maintenant, j’ai une relation calme avec la nourriture. Je ne fais plus de régime, je ne bannis aucun aliment, je cuisine beaucoup. Je suis très active et bien dans mon corps.

Face à la prise de poids, l’idée est encore de réagir, mais sur d’autres fronts. Grâce à une prise en charge pluridisciplinaire, le nouveau Centre d’Obésitologie et de Chirurgie Bariatrique propose un suivi individualisé reposant sur plusieurs piliers : alimentation, activité physique et habitudes alimentaires, voire médication et chirurgie bariatrique selon les cas. Les programmes s’adressent aux personnes en surpoids (IMC entre 25 et 30) ou obèses (IMC supérieur à 30). Lors du premier bilan médical, le tour de taille est également pris en compte, un indicateur important de la structure corporelle : “L’obésité abdominale est le reflet de l’obésité viscérale, qui est souvent associée à des complications cardiovasculaires”, explique le professeur Pataky. Car les études le montrent, une personne en situation d’obésité développera tôt ou tard au moins une maladie liée à un excès de poids. “Hélas, c’est une question de temps”, souligne le spécialiste.

Les conséquences de l’obésité sur la santé sont nombreuses : syndrome métabolique (hypertension, diabète, excès de cholestérol), maladies cardiovasculaires, cancer (utérus, estomac, œsophage), apnée du sommeil, arthrose, problèmes orthopédiques, troubles psychologiques (anxiété, dépression), etc. ces risques “insister pour perdre du poids n’est pas efficace. Pour encourager un changement de cap, il faut d’abord comprendre les origines de la prise de poids”, explique le professeur Pataky.

Le côté obscur de l’obésité

Médecins de l’obésité, diététiciens, spécialistes de l’activité physique, psychologues et art-thérapeutes conjuguent leurs compétences pour accompagner les adultes et les enfants qui consultent dans le cadre de l’enquête. Il y a toujours un déséquilibre entre les apports énergétiques (qualité et quantité des apports alimentaires) et les dépenses derrière le diagnostic d’obésité, mais il faut aller plus loin et s’intéresser aux conditions d’apports alimentaires et au contexte de vie d’une personne. “Tant que nous n’avons pas signalé la cause du problème, les changements ne sont pas possibles”, confirme le spécialiste.

La première consultation permet ainsi de faire un état des lieux et une orientation du traitement. Des ateliers d’éducation thérapeutique sont ensuite offerts selon la problématique de chacun (alimentation, activité physique, troubles alimentaires). Ils se déroulent en groupe, sont interactifs et construits avec des patients et des éducateurs. Les sujets abordés sont concrets et les conseils pratiques : les bases d’une alimentation équilibrée, les graisses cachées, les sensations digestives (faim, satiété), etc. “Les gens connaissent souvent la théorie, mais ils ne peuvent pas l’utiliser tous les jours. Nous les aidons à introduire de nouvelles habitudes de vie pour que ces changements soient acceptables et durables dans le temps », commente la nutritionniste.

Si la perte de poids ne se produit pas malgré cette prise en charge multidisciplinaire et les changements d’hygiène de vie, d’autres options peuvent être envisagées. L’arsenal médical s’enrichit désormais de nouveaux médicaments qui représentent une aide supplémentaire. Ces molécules (analogues du GLP-1) provoquent une diminution de l’appétit et surtout un besoin urgent de manger. Ils facilitent la perte de poids et réduisent les complications de l’obésité telles que la tension artérielle. Plus important encore, ils ont également montré une protection cardiovasculaire chez les patients à haut risque (diabète de type 2 et obésité) et une amélioration des reins. Ce traitement est administré quotidiennement en injection sous-cutanée. La nouvelle molécule GLP-1 (injection hebdomadaire), disponible en Suisse dans les prochains mois, sera une véritable avancée avec une perte de poids comprise entre 15 et 20% “à condition que la personne bénéficie d’un suivi multidisciplinaire”, souligne le Pr. Pataks.

Quant à la chirurgie bariatrique, dont les HUG sont experts, c’est une solution de dernier recours.

Quel que soit le parcours, la perte de poids reste un combat : « L’obésité n’est pas un choix. Si les personnes qui en souffrent pouvaient le faire différemment, elles le feraient probablement », conclut Lydia Lanza, psychologue à l’Unité d’éducation thérapeutique du patient.

Le jeûne intermittent : une approche prometteuse

Limiter les apports alimentaires à certaines heures, certains jours de la semaine ou du mois, en restreignant les apports caloriques et en assurant une alimentation équilibrée durant ces périodes cycliques : c’est le principe du jeûne intermittent. Cette approche suscite un grand intérêt dans la perspective d’une perte de poids et d’une réduction des risques métaboliques (hypertension, cholestérol, diabète). “Les données animales et humaines sont encourageantes. Plus la fenêtre pendant laquelle les sujets mangent est étroite, plus elle est efficace pour perdre du poids. En revanche, il nous manque une vision rétrospective du contrôle des maladies métaboliques chez l’homme », commente le Dr Tinh-Hai Collet, assistante du service de nutrition du Service d’endocrinologie, diabétologie, nutrition et éducation thérapeutique des Hôpitaux universitaires de Genève. (OBEJMOUT). De plus grandes études à long terme sont nécessaires pour confirmer ces effets. Dr. Collet mène également actuellement des recherches pour déterminer si manger à heure fixe permet aux “lève-tôt” de perdre du gras et d’améliorer leur santé grâce à leurs rythmes biologiques internes.

Plus d’informations sur la participation à l’étude : https://recherche.hug.ch/etudes/lcc

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1 Calcul de l’IMC : poids (en kg)/taille (en mètres) au carré. Surpoids : IMC entre 25 et 30. Obésité : IMC supérieur à 30.

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