La visite du couple royal belge à Bukavu met l’accent sur la coopération universitaire

A l’occasion de la visite du couple royal à Bukavu le 12 juin 2022, le professeur titulaire émérite de physiologie, Kanigula Mubagwa, est revenu sur les relations qui unissent la Belgique et la République démocratique du Congo.

Carte blanche

Temps de lecture : 7 minutes

MA A l’occasion de la visite LLMM du Roi et de la Reine des Belges en République démocratique du Congo (RDC), c’est avant tout le passé des relations entre les deux pays – une période de colonisation et de réconciliation nécessaire – qui est évoqué dans les médias. Bien sûr, nous devons nous tourner vers le passé pour mieux comprendre le présent et éviter les erreurs des années passées. Mais beaucoup d’entre nous, non historiens, avons l’impression qu’on accorde parfois trop d’attention au passé et qu’on accorde relativement moins d’attention au présent et surtout aux défis de l’avenir. A notre avis, sans vouloir oublier ou renier le passé colonial avec ses aspects négatifs, mais aussi ses réussites positives, il convient d’accorder plus d’importance et de consacrer plus d’énergie à notre coopération actuelle et future.

Après avoir visité Kinshasa et Lubumbashi, le couple royal débarque également à Bukavu. Cette visite dans la province du Sud-Kivu à l’est de la RDC est plus que bienvenue. Les pays, et surtout les provinces orientales, sont connus dans de nombreux cercles internationaux en raison de l’incertitude qui y règne et y est entretenue par des bandes armées. Cependant, on ne peut pas partir du principe que nous devons absolument éviter toute la région. Au Kivu, la plupart des villes ne sont pas forcément aussi dangereuses qu’on le pense. La visite du couple royal est un encouragement et un réconfort pour beaucoup d’entre nous qui veulent garder le Kivu sur la carte en contact avec le reste du monde, et montre que de nombreux Belges continuent de venir ici en partenariat, coopération ou autres missions. et il fonctionne.

Des images télévisées et des commentaires sur la visite royale à Kinshasa montrent que le couple royal est définitivement le bienvenu en RDC. La visite et l’accueil chaleureux illustrent à quel point les Belges en général, et pas seulement ceux haut placés, sont toujours les bienvenus en RDC, même après des tensions répétées, notamment parmi les politiques, au cours des dernières décennies. La précédente visite du roi des Belges à Bukavu était juste avant l’indépendance. J’étais alors un petit garçon, dans les premières années du primaire, et nous allions (pieds nus !) agiter des drapeaux dans la rue principale de Bukavu et crier “Vive le Roi” pour saluer le Roi Baudouin. La visite du couple royal actuel à Bukavu souligne l’importance du présent et de l’avenir. La délégation royale visitera Panzi et l’Institut international d’agriculture tropicale (IITA) à Kalambo. Sous la direction du lauréat du prix Nobel de la paix 2018, l’hôpital Panzi offre au Dr. Les soins “régénératifs” de Denis Mukwege pour les femmes atteintes de maladies urogénitales graves. À la station IITA de Kalambo (le campus de l’Université catholique de Bukavu, UCB, pour le développement de laquelle nous recherchons ardemment des financements), des recherches scientifiques prometteuses sont en cours pour augmenter la productivité de notre agriculture et assurer la sécurité alimentaire. dans une région où la croissance démographique reste très forte et où la malnutrition infantile persiste. Panzi et l’IITA reçoivent tous deux le soutien technique et/ou financier de nombreux partenaires internationaux, dont la Belgique. Cependant, outre les deux institutions phares que le couple royal visite, de nombreuses autres institutions de la région du Kivu entretiennent une coopération avec la Belgique. Cependant, ces autres institutions sont moins écoutées qu’à celles fréquentées par le couple royal, mais elles ont aussi un impact significatif sur l’amélioration des conditions de vie de la population et le développement de la région.

L’un des domaines où la coopération belgo-congolaise a produit des résultats positifs et évidents est la coopération universitaire. La Belgique est (certainement à juste titre) accusée d’avoir extradé très peu d’universitaires congolais vers l’indépendance en 1960. Mais c’est du passé ! Ce déficit s’est plus ou moins matérialisé au cours des 2-3 décennies suivantes : la grande majorité des professeurs universitaires actuels en RDC ont reçu leur doctorat en Belgique ou en collaboration avec des institutions belges. C’est le présent ! Ce partenariat universitaire existe toujours et profite aux universités, collèges, hôpitaux et autres institutions locales. C’est notamment le cas à Bukavu. Lors de sa création en 1989 (UCB), UCB a rencontré des difficultés initiales en raison d’un manque de personnel local hautement qualifié. Mais dès le début, nous avons été aidés par de nombreuses institutions et organisations belges ainsi que par des particuliers (enseignants, médecins, infirmières et personnes d’autres professions). Ces organisations et individus venaient de toute la Belgique : Bruxelles, Flandre et Wallonie. Malgré la récente réduction des activités de coopération due à la période covid-19, les échanges semblent prendre de l’ampleur.

Chez UCB, au cours des 12 dernières années, nous avons atteint un certain niveau de coopération dans le cadre du programme de coopération institutionnelle institutionnelle avec les universités flamandes – à savoir KU Leuven, UAntwerp et UGent – financé par la DGD via le Conseil interuniversitaire flamand – Coopération universitaire au développement (VLIR- UOS). Cette coopération s’articule autour de trois axes : l’amélioration de l’agriculture (augmentation de la fertilité des sols et lutte contre les maladies des plantes), la gestion des activités minières et la formation de spécialistes dans la gestion des maladies infectieuses ou des pathologies chroniques telles que le diabète et les maladies cardiovasculaires. Quels résultats concrets ont été atteints par ce programme et quel impact a-t-il eu sur la population locale et le développement ? Au niveau académique, on peut citer un important renforcement des capacités : une quinzaine de doctorats ont été obtenus et de nombreux assistants universitaires ont été formés au master pré-doctoral. Ces ressources humaines sont maintenant formées à l’université et elles essaient de mener de bonnes recherches scientifiques malgré le manque de ressources disponibles. Grâce au programme, le Centre de recherche en gestion minière (CEGEMI, https://ucbukavu.ac.cd/cegemi/) a également été créé à UCB. Outre l’amélioration de la qualité de l’enseignement et de la recherche, l’université lui permet désormais de rendre de meilleurs services à la société. Ceci est particulièrement notable dans deux domaines : la santé et l’éducation publique. La qualité des soins médicaux à l’Hôpital général provincial de référence de Bukavu (HPGRB) s’est considérablement améliorée, principalement grâce à la coopération avec des Belges et des institutions belges telles que l’UCLouvain, la KU Leuven, Médecins sans vacances, etc. Aujourd’hui, l’hôpital compte environ 520 lits et est probablement le meilleur hôpital de la ville et l’un des meilleurs du pays, principalement en raison de la qualité de son personnel médical, mais on en parle peu dans la presse. Parmi les plus de 50 spécialistes qui y travaillent, beaucoup ont effectué des stages de 1 ou 2 ans dans les hôpitaux de l’UCLouvain en Belgique. En termes de recherche, la Faculté de médecine est la plus performante en recherche au sein de l’université (voir publications : https://ucbukavu.ac.cd/publications/#medicine). UCB organise également diverses activités éducatives pour le public, y compris dans le domaine de l’agriculture, où les agriculteurs individuels des villages sont formés aux techniques agricoles améliorées. D’autres professions (mineurs, fonctionnaires, etc.) suivent également une formation de base ou de perfectionnement.

La visite du couple royal devrait ouvrir la porte à une coopération encore plus grande et (espérons-le) à un avenir meilleur pour la RDC. Si la situation sécuritaire le permet, cette coopération entre la Belgique et le Congo pourra se poursuivre et s’intensifier. Chacun des deux pays est plus fort quand il travaille avec l’autre, et ça va dans les deux sens. La diaspora doit également être impliquée dans cette coopération. De nombreux Congolais sont basés en Belgique. Bien qu’ils acquièrent la nationalité belge, ils continuent d’entretenir des relations étroites avec le Congo et s’impliquent avec ardeur et enthousiasme dans les activités commerciales et de développement avec le Congo. Il existe également une petite mais très efficace “diaspora” de Belges qui sont installés de manière plus ou moins permanente au Congo et qui continuent également à promouvoir de bonnes relations entre nos deux pays.

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