Quand le temps te rend malade

Canicules, feux de forêt, propagation de maladies infectieuses comme la maladie de Lyme… Les effets du changement climatique sur la santé mondiale s’intensifient, confirme le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), présenté le 28. Et le Canada ne fait pas exception. Santé Canada vient de publier un rapport de près de 900 pages qui, en plus de quantifier les coûts qu’il engendre, documente précisément comment ces changements affectent la santé.

Les événements météorologiques extrêmes, comme les vagues de chaleur et les incendies de forêt dans l’Ouest canadien en 2021, ont montré le fardeau qu’ils imposent aux systèmes de santé. Pour Céline Campagne, responsable scientifique Changements climatiques et santé à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) et co-auteure du rapport, la crise climatique est avant tout une crise sanitaire. “Si nous continuons sur cette trajectoire avec un réseau mal financé, mal préparé au changement climatique, une population vieillissante, nous finirons par vivre la COVID-19, une congestion du réseau”, dit-il.

Les autorités régionales “n’étaient pas du tout préparées à l’ampleur de la crise”, raconte Céline Campagna après des témoignages reçus de ses homologues des autres provinces. Des plans d’urgence ont été élaborés, mais pas pour des catastrophes de cette ampleur. Outre les hospitalisations et les décès dus à la chaleur, les lignes d’urgence ont été sursaturées et les structures médicales ont dû évacuer des patients dans des conditions difficiles devant les flammes et la fumée des incendies. L’intensification et la multiplication des phénomènes météorologiques obligent le réseau de la santé à revoir ses plans à l’échelle du pays, conclut le rapport. Sans oublier la nécessité de limiter les effets du changement climatique en amont.

La seule stabilisation des émissions permettrait d’éviter 5 200 décès liés au changement climatique au cours de l’été 2050.

Peu d’entreprises au Canada ont évalué les risques et les vulnérabilités de leurs bâtiments en cas d’événements météorologiques extrêmes. Ces « mesures d’adaptation » aident à garder une longueur d’avance sur les effets croissants du changement climatique sur la santé. Cela nécessite la résilience des infrastructures, la formation du personnel, la mise à jour des plans d’urgence ainsi que des systèmes d’alerte et de surveillance des catastrophes météorologiques.

Le rapport ne se concentre pas uniquement sur les installations médicales. Il montre que l’aménagement du territoire, la planification des transports et la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) ont un impact direct sur la santé. La seule stabilisation des émissions d’ici 2100 permettrait d’éviter 5 200 décès liés au changement climatique pendant l’été d’ici 2050. Le réseau de la santé lui-même est très intéressé à donner l’exemple et à miser sur les énergies renouvelables : il est responsable de 4,6 % à 5,1 % des émissions nationales de gaz à effet de serre.

Les écologistes mentionnent souvent le verdissement urbain comme une mesure d’adaptation abordable et efficace. En plus d’éliminer les îlots de chaleur, la création d’espaces verts améliore la qualité de l’air, augmente souvent l’attractivité de l’activité physique dans le quartier et peut améliorer la santé mentale des personnes qui y vivent. Le rapport indique que les coûts de mise en œuvre de telles mesures pourraient être compensés en atténuant les coûts de santé croissants associés au changement climatique. Les vagues de chaleur au Québec, par exemple, représentent un fardeau économique de 370 millions de dollars par année.

Cependant, ces dernières années, les gouvernements ont mis en place des initiatives telles que des systèmes d’alerte en cas de fortes chaleurs. Le Québec tire également son épingle du jeu avec le système SUPRÊME de surveillance et de prévention des effets sur la santé des événements météorologiques extrêmes (SUPRÊME), qui a été adopté en 2010. Un plan d’action a été adopté à Montréal pour sensibiliser les secteurs à risque, fournir la climatisation et le “Door to door” ont permis de réduire par cinq le nombre de décès lors des canicules. D’autres systèmes, tels que la prédiction de la trajectoire des nuages ​​​​de fumée causés par les incendies de forêt, s’avèrent tout aussi efficaces, tout comme les indices de qualité de l’air et la prévention des infections, comme Lymes.

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De plus en plus de professionnels de la santé sont conscients de leur rôle important dans la mise en œuvre des mesures de lutte contre les changements climatiques. C’est le cas de D Claudel Petrin-Desrosiers. Après l’avoir lu dans une revue prestigieuse, c’est devenu son hobby du changement climatique depuis le début de ses études en médecine familiale Lancette que le réchauffement climatique était la menace numéro un pour la santé 21et siècle. Aujourd’hui, le président de l’Association québécoise des médecins de l’environnement (AQME), qui compte plus de 500 membres, cherche à vulgariser les problèmes de santé liés au climat auprès du grand public et de la communauté médicale, et occupe des postes dans certains regroupements. “Les pilules ne résoudront pas la plupart des problèmes environnementaux.” Mon rôle de médecin ne s’arrête pas à ce que je fais dans mon cabinet », dit-il de son engagement.

Dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve de Montréal, où elle dirige la médecine familiale, les changements climatiques présentent un risque pour la santé de plusieurs de ses patients. Les personnes âgées, les personnes handicapées raciales, les personnes à faible revenu, les personnes ayant des problèmes de santé physique ou mentale, les personnes handicapées et les communautés autochtones sont souvent plus vulnérables que les autres personnes. Selon le médecin de 29 ans, la pandémie l’a également prouvé. Les mesures environnementales doivent donc tenir compte des inégalités de santé.

Divers groupes environnementaux parlent de justice climatique. Olivier Kölmel, porte-parole de Greenpeace Canada, a observé les effets des changements climatiques sur la santé des peuples autochtones. “ Leur territoire se dégrade, ils perdent leurs modes traditionnels d’alimentation. Cela affecte leur alimentation. On voit plus de problèmes d’obésité, de diabète, de maladies cardiovasculaires”, explique-t-il. Selon lui, le Canada a beaucoup à rattraper sur le front de l’adaptation. “Malgré les preuves d’un lien étroit entre la santé et l’environnement, tant au niveau provincial que fédéral, on essaie de comprendre et d’agir”, déplore-t-il.

Cependant, un porte-parole de Greenpeace espère que ce rapport accordera plus d’attention à la question sanitaire. Il est déjà plus sensible à ce sujet dans la population et chez les professionnels de santé, notamment en raison de la pandémie et de la multiplication des phénomènes climatiques. Beaucoup sont également conscients des bienfaits de la nature pour la santé humaine.

Sabaa Khan, directrice générale de la Fondation David Suzuki pour le Québec et l’Atlantique, croit que parler de santé humanisera la science du climat. “ Quand on met trop l’accent sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre, les gens ne voient pas en quoi cela les affecte personnellement. C’est un grand défi pour toutes les organisations de trouver la bonne façon de faire la lumière sur ces questions. Et la santé est certainement un vecteur intéressant. »

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