VÉRITÉ OU FAUX. La maladie de Lyme est-elle vraiment un grave problème de santé publique ?

“J’ai l’impression qu’il n’y a pas d’autre maladie avec autant de controverse.” Jeanine Dubié, Députée des Hautes-Pyrénées, soigne “à risque”. Il préside la Mission d’information sur la borréliose de l’Assemblée nationale. “Il y a une telle violence dans la polémique. De nombreux médecins ne veulent pas en entendre parler et au milieu se trouve un patient qui porte un toast.”

Le 9 juillet de cette année, le député doit remettre un rapport visant à davantage de soutien aux malades. La maladie de Lyme est transmise par des tiques infectées par une bactérie : Borrelia. Lorsqu’un homme mord, une tique peut lui transmettre cette bactérie avec sa salive. Une personne infectée développe une tache rougeâtre autour de la morsure.

“Toutes les personnes piquées par une tique n’attrapent pas la borréliose, car il n’y a qu’une seule espèce de tique parmi des centaines d’espèces, il faut aussi que cette tique soit infectée et qu’elle soit en contact suffisant avec l’hôte pour pouvoir transmettre des bactéries à cela.explique Eric Caumes, chef du service des maladies infectieuses et tropicales à l’hôpital de la Pitié-Sapêtrière à Paris et auteur du livre Maladie Lyme : fait ou tromperie (éd. Livres, 2021). Dans la grande majorité des cas inoffensifs, la maladie peut prendre une forme neurologique, rhumatologique ou cutanée si elle n’est pas traitée. “Mais les antibiotiques sont très faciles à guérir.” poursuit Eric Caumes.

En France, selon les données officielles, environ 50 000 personnes ont été touchées par la maladie de Lyme en 2019. Parmi eux, 893 ont été hospitalisés. Mais pour une poignée de médecins, ces données et le risque de maladie sont largement sous-estimés. A la tête, Christian Perronne, ancien chef du service des maladies infectieuses et tropicales à l’AP-HP à Garches (Hauts-de-Seine), a été démis de ses fonctions l’an dernier, notamment pour ses propos polémiques sur la pandémie de Covid. -19. Depuis plusieurs années, il souhaite faire de la maladie de Lyme une cause nationale : “Il y a une situation d’urgence en France et c’est politique, il faut prendre une décision d’urgence”, a déclaré en 2016 dans une interview à France 3.

Aux États-Unis, cette maladie se nourrit de toutes sortes de théories. Par exemple, ce serait le résultat d’expériences militaires qui, selon l’auteur américain Kris Newby, ont échoué. L’idée a même été discutée à la Chambre des représentants, mais de nombreux scientifiques la remettent en question. “La maladie de Lyme est un complot appliqué à la médecine” libre Eric Caumes.

Selon lui, trop de pathologies sont attribuées à tort à la maladie de Lyme. Là, les patients mal diagnostiqués y trouveront refuge. “Nous avons des gens qui souffrent vraiment parce que personne ne veut s’occuper d’eux parce que c’est trop compliqué, alors ils doivent s’en tenir à quelque chose et la borréliose est un excellent exutoire pour cela.” explique Eric Caumes. Cela découle d’une étude publiée dans une revue scientifique Médecine et maladies infectieuses, une autre pathologie est diagnostiquée chez 80% des patients qui viennent consulter en cas de suspicion de maladie de Lyme.

“Certains ont des maladies neurologiques, certains ont des maladies rhumatismales, certains ont des maladies endocriniennes, certains sont infectieux.” Sont également soulignés : les troubles psychosomatiques. Troubles physiques aggravés par des facteurs mentaux. “Il peut y avoir plusieurs symptômes décrit Eric Caumes, va des maux de tête aux picotements, en passant par les douleurs musculaires et articulaires, il peut s’agir de troubles du sommeil, de fatigue, de douleurs au ventre. Le médecin avoue un manque de prise en charge de ces troubles en France. “Nous n’avons pas de spécialiste ici. C’est un problème parce qu’il y a des patients qui souffrent vraiment. »

Discours difficilement acceptable pour de nombreuses associations de lutte contre la maladie de Lyme. “Parce que nous ne savons pas, nous disons que ce n’est pas Lyme, a déploré Armelle Foatelli-Greffet, présidente de Lyme France. MMais nous ne pouvons tirer aucune conclusion aujourd’hui.” Selon elle, principale cause de désaccord : les tests pour détecter la maladie. “En France, il y a un manque de fiabilité dans ces tests.”

Ces fameux tests, qui manquent de fiabilité, sont les tests dits sérologiques. Plusieurs centres spécialisés opèrent sur notre territoire. Un exemple à Strasbourg, au Centre National de Référence des Borrelia. “Sur le prélèvement sanguin du patient, on recherchera la présence d’anticorps dirigés contre Borrelia, une bactérie de la maladie de Lyme, explique Benoît Jaulhac, responsable du laboratoire. Si nous trouvons suffisamment d’anticorps, cela signifiera que le patient a été en contact avec la bactérie. Ces analyses sont réalisées par deux techniques différentes pour confirmer le résultat. Cependant, une erreur existe. Il faut six semaines au corps humain pour fabriquer des anticorps contre la bactérie Borrelia. Pendant les six premières semaines après la piqûre de tique et uniquement pendant ces six premières semaines, ces tests ne sont pas vraiment fiables. Mais cela est bien connu et pris en compte dans le dépistage des maladies. “La sérologie ne doit pas être prescrite dans les premiers stades de la maladie. Mais après six semaines, si, par exemple, les tests sérologiques sont négatifs, on ne peut pas dire que le patient est infecté par Borrelia.”

Ces tests sérologiques pour détecter Lyme ne sont pas spécifiques à la France. “Ils sont aussi utilisés en Allemagne ou au Danemark. Les recommandations publiées en Europe et aux Etats-Unis sont les mêmes.”, précise Benoît Jaulhac. Mais cette méfiance environnante a permis le développement de toute l’activité des tests de Lyme. Des laboratoires privés basés principalement en Allemagne proposent leurs propres tests qui s’écartent des standards traditionnels. Ces laboratoires sont accessibles en quelques clics sur Internet et facturent plusieurs centaines d’euros pour leurs prestations. Contrairement aux tests effectués dans les centres de référence, ils ne sont pas pris en charge par la sécurité sociale. Bien qu’ils soient légaux, leur efficacité est discutable, comme l’explique Benoît Jaulhac. “Leur technique est complètement dépassée. On a arrêté de faire ce genre de tests il y a une vingtaine d’années !”

Des traitements alternatifs pour les patients prétendument atteints de la maladie de Lyme sont également pratiqués dans des cliniques privées à l’étranger. Par exemple, l’ozonothérapie, un traitement basé sur l’injection d’ozone dans le sang. “Absolument fou”, selon Éric Caumes. “La reconnaissance insuffisante de la maladie de Lyme n’est pas un véritable scandale sanitaire. Ce sont toutes les personnes dont nous nous soucions pour la borréliose qui n’ont pas de borréliose. Tous ces gens qu’on laisse payer. Le vrai scandale sanitaire est là. »

Leave a Comment

%d bloggers like this: